Coach & terrain

Le joueur qui décroche : l’entretien de cinq minutes après la séance

Par l’équipe KlubOn · 24 septembre 2026 · 7 min de lecture

Photo : Unsplash

Il arrivait le premier, il arrive maintenant à l’heure pile. Il demandait le ballon, il se cache derrière son défenseur. Il a raté deux entraînements sans prévenir. Tous les éducateurs connaissent ce joueur qui décroche doucement, sans bruit, et qu’on retrouve en janvier inscrit dans un autre club ou plus inscrit nulle part. Le décrochage se rattrape presque toujours s’il est repéré tôt. L’outil le plus efficace ne coûte rien : un entretien de cinq minutes, après la séance.

Les signaux à repérer (avant qu’il soit trop tard)

Un joueur décroche rarement d’un coup. Les signes s’accumulent sur trois ou quatre semaines :

  • Des absences nouvelles, surtout non prévenues, chez un joueur jusque-là assidu.
  • Un retard qui devient une habitude, ou un départ pressé dès la fin de la séance.
  • Moins d’engagement dans les jeux : il évite le ballon, ne participe plus aux duels.
  • Un changement de place dans le groupe : il s’isole, ou au contraire fait le clown pour masquer quelque chose.
  • Des remarques du type « de toute façon je ne joue jamais » ou « ça sert à rien ».

Pris un par un, ces signes ne veulent rien dire. C’est la combinaison, et surtout le changement par rapport à l’habitude du joueur, qui doit vous alerter. D’où l’intérêt de noter les présences sérieusement : la chute d’assiduité est souvent le premier signal visible. Notre article sur la gestion des présences détaille comment la suivre sans y passer la soirée.

Le bon moment, le bon endroit

Pas avant le match, pas devant le groupe, pas au téléphone. Le meilleur moment est la fin d’un entraînement, pendant le rangement : vous demandez au joueur de vous aider à ramasser les plots. Le contexte est naturel, personne ne remarque rien, et marcher côte à côte est beaucoup moins intimidant que de se retrouver face à face. Restez à la vue des autres adultes, sur le terrain ou au bord : on ne s’isole jamais avec un mineur, même pour cinq minutes.

L’entretien en cinq minutes, étape par étape

  1. Un constat, sans reproche (30 secondes). « J’ai remarqué que tu es venu moins souvent ces dernières semaines, et que tu as l’air moins dedans. » Des faits, pas un jugement. Évitez le « qu’est-ce qui t’arrive ? », qui sonne comme une accusation.
  2. Une question ouverte (1 minute). « Comment ça se passe pour toi en ce moment, au foot ? » Puis taisez-vous. Le silence est inconfortable, c’est normal ; laissez-lui le temps de répondre.
  3. Écouter jusqu’au bout (2 minutes). Ne défendez pas vos choix, ne corrigez pas sa version. S’il parle de temps de jeu, de poste ou d’un coéquipier, notez-le sans discuter. Vous répondrez plus tard, à froid.
  4. Une seule piste concrète (1 minute). « Samedi, tu commences au milieu, on essaie. » Ou : « On en reparle jeudi après la séance. » Un petit engagement tenu vaut plus qu’une promesse vague.
  5. Le remercier (quelques secondes). Il vient de faire quelque chose de difficile : parler à un adulte de ce qui ne va pas.

Ce que vous entendrez le plus souvent

Dans la grande majorité des cas, les raisons sont simples et se traitent au niveau du coach :

  • Le temps de jeu : le joueur se sent remplaçant permanent. Clarifiez les règles, et tenez-les. Voir notre article sur le temps de jeu équitable.
  • Le groupe : un conflit avec un coéquipier, une bande dont il ne fait plus partie. Composez les ateliers autrement quelques semaines.
  • La concurrence d’autre chose : un autre sport, les cours, un copain qui a arrêté. Parfois, il n’y a rien à rattraper, et c’est bien de le savoir.
  • La fatigue ou la confiance : une croissance rapide, une série de matchs ratés. Donnez-lui un rôle où il peut réussir.

Quand ce n’est plus votre rôle

Parfois, ce que dit le joueur dépasse le foot : une situation difficile à la maison, des moqueries répétées, une souffrance visible, ou un comportement d’adulte qui l’a mis mal à l’aise. Dans ce cas, vous n’enquêtez pas et vous ne promettez pas le secret. Vous écoutez, vous le remerciez de vous l’avoir dit, puis vous en parlez le jour même au responsable du club désigné pour ces situations. La marche à suivre est détaillée dans notre article sur la protection des joueurs au club.

Et les parents ?

Pour un U9 ou un U11, un mot aux parents est souvent le plus simple : ils ont généralement déjà remarqué quelque chose. À partir des U13, parlez d’abord au joueur, puis dites-lui que vous allez en toucher un mot à ses parents. Il n’aura pas l’impression d’avoir été « balancé ». Restez sur les faits observés au club, jamais sur des suppositions.

Le suivi, sans lequel l’entretien ne sert à rien

Notez en une ligne ce qui s’est dit et ce que vous avez promis, puis revenez vers le joueur dans les deux semaines, même brièvement : « Alors, ce poste au milieu ? » C’est ce retour qui lui prouve que la conversation comptait. Avec l’historique de présence que tient KlubOn côté coach, vous verrez vite si l’assiduité repart. Un joueur rattrapé en octobre, c’est souvent un joueur qui fera toute la saison, et parfois la suivante.

Passez de la lecture à la pratique.

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